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Auparavant, j’avais fait une bonne première communion qui, comme pour la plupart des jeunes garçons, fut à la fois le couronnement et le terme de mes pratiques religieuses …
Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre- Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël.
…Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat.
J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur, à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.
En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher.
J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable …
… Je fis ma seconde communion en ce même jour de Noël, le 25 décembre 1890, à Notre- Dame.
Extrait de Paul Claudel – Contacts et circonstances, 1940 © Éditions Gallimard. Cité dans « le un » du 20 avril 2019.