Le Laquais (descendant peu à peu vers Marmont)
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions;
Trop simples et trop gueux pour que l’espoir nous berne
De ce fameux bâton qu’on a dans sa giberne;
Nous qui par tous les temps n’avons cessé d’aller,
Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,
…
Marmont
Quel est donc ce laquais qui s’exprime en grognard ?
Le Laquais, (prenant la position militaire.)
Jean-Pierre-Séraphin Flambeau, dit « le Flambard ».
Ex-sergent grenadier vélite de la garde.
Né de papa breton et de maman picarde.
S’engage à quatorze ans, l’an VI, deux germinal.
Baptême à Marengo. Galons de caporal
Le quinze fructidor an XII. Bas de soie
Et canne de sergent trempée de pleurs de joie
Le quatorze juillet mil huit cent neuf, – ici,
– Car la garde habita Schönbrunn et Sans-souci ! –
Au service de Sa Majesté Très Française.
Total des ans passés : seize ; campagnes : seize.
Batailles : Austerlitz, Eylau, Somosierra,
Eckmühl, Essling, Wagram, Smolensk… et caetera!
Faits d’armes trente-deux. Blessures : quelques-unes.
Ne s’est battu que pour la gloire, et pour des prunes.
Extrait de la tirade de Flambeau – Edmond Rostand – L’Aiglon, Acte 2, scène 8.