M.R.
L’empathie livrée à elle-même peut même avoir des conséquences néfastes. Ainsi, par exemple, les chercheurs se sont intéressés à l’épuisement émotionnel, le burn-out des travailleurs sociaux ou des soignants, ces personnes qui prennent constamment soin de ceux qui souffrent. Or, être quotidiennement en résonance affective avec des malades peut conduire à l’épuisement. Faut-il en arriver à considérer ses malades comme des « clients », à s’endurcir pour ne pas craquer? L’empathie, sans le discernement et la connaissance, est comme une pompe électrique à eau … sans eau: elle brûle. En cultivant l’amour on peut sortir de l’émotion qui fait mal, être une personne au grand cœur sans souffrir.
T.-M.C.
…L’empathie est utile car elle me fait vibrer pour l’autre. Mais le danger, comme le souligne Matthieu, est qu’elle me rende telle une éponge qui se gorgerait de souffrance. Que je le veuille ou non, je ne pourrai jamais vivre ce que l’autre vit, et ce n’est pas ce qu’il me demande. Je suis définitivement séparé de lui, et nous restons des êtres singuliers. Il me faut découvrir que le véritable amour exige la distance ou ce que j’appellerai la séparation. En ce sens, s’entraîner c’est par exemple quand je me sens déçu ou blessé,commencer par m’interroger:« Comment suis-je avec l’autre? Suis-je vraiment disponible pour le laisser venir,trouver son appui et repartir libre? »
M.R.
…Nous avons tous ce potentiel altruiste, comme un pauvre qui a une pépite d’or enfouie juste là sous sa cabane et qui l’ignore. Les dernières connaissances en neuroplasticité du cerveau ont montré aussi comment l’activité neuronale se réorganise quand vous développez l’attention ou la compassion. On devrait cultiver l’amour et la compassion dans les écoles de médecine ! Le meilleur exemple est l’amour maternel. Une mère face à son enfant malade souffre dans ses entrailles. Si elle fait les cent pas dans le couloir pour fuir cette détresse, l’enfant souffrira toujours, et elle aussi aura mal. Si elle choisit de rester auprès de lui, en lui prenant la main et en lui donnant de l’amour au lieu de lui communiquer sa détresse, alors ce sera constructif.
Extrait de « OSEZ L’ALTRUISME »- Matthieu Ricard (Moine boudhiste) et Thierry-Marie Courau (Frère dominicain).