Quand Ulysse fut jeté à la côte par un naufrage, se laissa-t-il abattre par son dénuement? Perdit-il courage? Non : voyez comme il va demander à des vierges ces vêtements indispensables, que nous trouvons si honteux de demander à un autre.
Il allait comme un lion nourri dans les montagnes et qui se confie en sa force. Qu’est-ce qui faisait donc sa confiance? Ce n’était ni la réputation, ni la richesse, ni le pouvoir; c’était sa force intérieure, c’est-à-dire, ses convictions sur ce qui dépend de nous et sur ce qui n’en dépend pas. Ce sont elles seules, en effet, qui nous font libres et indépendants, qui font relever la tête à celui qu’on humilie, qui nous font regarder en face et d’un œil fixe les riches et les puissants.
Voilà la part du philosophe. Mais toi, tu sortiras comme un lâche, tremblant de peur pour tes manteaux et pour ta vaisselle d’argent! Malheureux, est-ce ainsi que tu as perdu ton temps jusqu’à présent?
Extrait des ENTRETIENS d’EPICTETE – Livre III, CHAPITRE XXVI – A ceux qui craignent la pauvreté (Traduction V. COURDAVEAUX – DIDIER & Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS)